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Le minage de Bitcoin peut-il atteindre la neutralité carbone ?

Régulièrement pointé du doigt pour la pollution qu’il génère, le minage de Bitcoin peut-il devenir vert ? Face aux critiques, les mineurs de cryptomonnaies se tournent vers les énergies vertes et les solutions qui réduisent les émissions de gaz naturel. On fait le point sur l’évolution de l’industrie.

Pour produire du Bitcoin, les mineurs s’appuient sur de puissants ordinateurs de calcul, les ASICs. Ces machines, alimentées en continu, sont chargées de sécuriser les transactions effectuées sur la blockchain. Ce processus s’appelle la Proof of work, ou preuve de travail. D’après une étude réalisée par le New York Times en 2021, le réseau Bitcoin accapare 0,5 % de l’électricité mondiale, ce qui est énorme.

Mais pour réduire l’empreinte énergétique du Bitcoin, la plupart des fermes de minage évoluent. Lors d’une conférence au Surfin Bitcoin, un événement consacré à la cryptomonnaie à Biarritz, Sebastien Gouspillou, co-fondateur de Bigblock Datacenter, une entreprise de minage, a évoqué la transition énergétique de l’industrie.

Le mineur de Bitcoin assure que la plupart des fermes se sont tournées vers l’énergie verte. Moins coûteuse que le pétrole, le charbon ou le gaz, l’énergie verte représenterait actuellement 60 % de l’industrie du minage, selon lui. Les mineurs s’installent notamment à proximité de barrages hydroélectriques, afin d’exploiter les inévitables surplus des installations. De son côté, Coinshare, un cabinet d’analyse réputé, estime que le minage repose à 73 % sur de l’énergie verte.

Lire également : la guerre de la Chine contre les cryptomonnaies facilite le minage

Convertir le méthane en Bitcoin, une bonne idée ?

En parallèle, des mineurs ont décidé de récupérer les excédents de gaz brûlés par l’industrie du pétrole pour les convertir en électricité. Concrètement, certaines fermes de minage récupèrent le gaz naturel généré par les forages pétroliers. Pour rappel, lorsque l’industrie extrait du pétrole brut des couches souterraines, une partie de celui-ci s’échappe vers la surface sous la forme de gaz. Pour limiter les dégâts pour l’environnement, il est généralement brûlé autour des puits. Ce procédé s’appelle le torchage.

Mais il y a un hic : du méthane, un puissant gaz à effet de serre, est alors rejeté dans l’atmosphère, ce qui participe au réchauffement climatique. En convertissant le gaz naturel gaspillé par l’industrie pétrolière en Bitcoin, les mineurs espèrent « réduire les émissions mondiales de méthane jusqu’à 8 % d’ici à 2030 », avance l’analyste Daniel Batten. Au terme du processus, les émissions seraient 80 fois moins dangereuses.

Plusieurs entreprises de minage se sont déjà lancées dans l’exploitation du gaz rejeté par l’industrie du pétrole en Amérique du Nord. C’est par exemple le cas de Great American Mining au Dakota du Nord, en Oklahoma, et en Pennsylvanie, d’EZ Blockchain à Chicago, de Giga Energy Solutions au Texas, de Crusoe Energy au Colorado, ou d’Upstream Data, une firme canadienne. D’après cette dernière, le minage peut éliminer 100 % du méthane rejeté par l’industrie.

Certains experts du minage se sont plutôt tournés vers les gaz résiduels provenant de déchets animaux. En Slovaquie, une entreprise intitulée AmityAge Mining Farm utilise les déjections d’animaux pour produire de l’électricité. La ferme affirme également utiliser des déchets humains, rapportait CoinTelegraph en mars dernier.

« Le méthane du processus de biodégradation fait fonctionner nos machines », explique Dušan Matuska, co-fondateur de l’entreprise slovaque.

En effet, le méthane est notamment produit par le pourrissement de matière organique, comme les déjections, et décharges à ciel ouvert, qui contiennent des déchets alimentaires. En exploitant le biogaz rejeté par les décharges, les animaux (essentiellement les ruminants) et l’homme, il est possible de générer de l’électricité tout en réduisant les émissions dans l’atmosphère. Le minage de Bitcoin avec du biogaz reste néanmoins anecdotique pour le moment.

Notez que les Nations-Unies considèrent la réduction des émissions de méthane comme l’une des priorités dans la lutte contre le réchauffement climatique. L’an dernier, Inger Andersen, directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’environnement, expliquait d’ailleurs :

« la réduction du méthane est le levier le plus fort que nous ayons pour ralentir le changement climatique au cours des 25 prochaines années ».

Le Bitcoin en route pour la neutralité carbone ?

Grâce à ces diverses initiatives, le réseau Bitcoin s’approcherait progressivement de la neutralité carbone. En clair, le réseau éliminerait alors autant de gaz à effet de serre qu’il en produit. L’impact sur le climat serait donc nul. C’est ce qu’allègue une étude réalisée par Daniel Batten, analyste, investisseur, philanthrope… et grand défenseur de l’industrie du minage.

« 1,74 % du réseau Bitcoin est alimenté par des sources négatives en carbone », explique l’étude.

Ces sources d’énergie négatives s’appuient presque entièrement sur le méthane de l’industrie pétrolière. L’analyste explique s’appuyer sur les données fournies par le Bitcoin Mining Council. Créé par plusieurs grands noms du secteur, comme Michael Saylor, PDG de MicroStrategy, ce conseil rassemble les acteurs les plus importants de l’industrie du minage d’Amérique du Nord. Il vise à faciliter la transition du Bitcoin vers les énergies respectueuses de l’environnement.

minage bitcoin
© Daniel Batten

Les mineurs exploitant les excédents de gaz réduiraient de 4,2 % le bilan carbone de la puissance réseau Bitcoin, estime Daniel Batten. 58 % de l’énergie du secteur proviendrait de sources n’émettant pas de gaz à effet de serre, notamment grâce au renouvelable. Au total, 62 % de la puissance du Bitcoin déjà atteint la neutralité carbone en 2022, contre 41 % en 2021.

« La liste des infrastructures minières de Bitcoin n’est pas exhaustive. Au fur et à mesure que je découvre des opérations utilisant du gaz rejeté, je les ajoute à la liste et je recalcule la quantité totale d’exploitation minière négative en carbone », explique Daniel Batten, estimant que « les résultats peuvent être légèrement sous-estimés ».

Au vu des calculs réalisés par l’analyste, le réseau Bitcoin semble progressivement se diriger vers la neutralité carbone.

« Le mining 100 % vert, c’est devenu une certitude. C’est en train de se passer », prophétise Sebastien Gouspillou.

Source : Batcoinz


Florian Bayard
Journaliste